Archive for the 'Internationalisme' Category

Identité malade…

J’ai entendu parler comme à peu près tout le monde du projet de loi identitaire proposé par le Parti Québécois. Et je ne sais pas quoi en penser. Il y a de ça quelques mois que je ne me décris plus comme souverainiste (je l’ai été pendant six ans environ). Moi qui jadis adorait le drapeau québécois… Maintenant ce drapeau me lève le coeur.

Voilà quelques mois que je ne suis plus nationaliste; je suis internationaliste. Oui j’aime toujours le Québec; mais pas au point de demander une fermeture des frontières, pour empêcher une supposée «invasion». Je trouve ce débat sur l’identité carrément dégueulasse… Je n’avais pensé auparavant que certains des hommes et des femmes vivant au Québec pouvaient être aussi racistes. Je me demande où la Commission Bouchard-Taylor va se rendre et si c’était vraiment nécessaire. Et est-ce que le rapport qui va en découler va réellement être utilisé ?

Mais pour revenir au vif du sujet, ce n’est pas pour rien que j’ai nommé ce billet «Identité malade». Celle de la terre où je suis née est malade…et la mienne aussi. C’est peut-être exagéré comme constat; mais j’ai la nette impression qu’il y a présentement une crise identitaire au Québec. Si je recule dix ans en arrière, je n’entendais jamais des propos réclamant de contrôler davantage l’immigration, voire même de la réduire ou même de carrément l’interdire. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps ? Avez-vous une explication ?

Et quand je dis que mon identité est malade, c’est que je n’arrive pas encore, en tant que libertaire internationaliste, à trouver ma place dans ce débat, qui est parfois fou par moments. J’ai tout d’abord réagit en me disant qu’étant donné que je n’étais plus nationaliste que cette question me concernait moins. J’ai changé d’idée en me rendant compte que des décisions prises dans le futur concernant ce débat…pourraient être des décisions, carrément de droite.

À vrai dire, j’ai peur. J’ai peur quand je me rends compte qu’un forum néo-nazi, après s’être fait remarqué par LCN, recueille un paquet de nouvelles inscriptions. J’ai peur quand je vois un parti fasciste se faire élire en Suisse. J’ai peur que la société québécoise finisse par embrasser ces idéaux un jour.

J’ai peur. Et je cherche quoi faire. Car je ne peux pas rester là…à ne rien faire.

 

Vos drapeaux me lèvent le coeur…

Et là je parle autant des drapeaux du Québec et du Canada (car ce sont les drapeaux que je vois le plus souvent). Oui vous avez le droit de fêter vos fêtes nationales et d’exhiber vos drapeaux tels des trophées de chasse, mais je ne me sens pas à l’aise dans toute cette mascarade. Un drapeau est devenu un outil de lavage de cerveau à mes yeux. Un épouvantail qui est brandit, à chaque fois qu’une supposée «menace» apparaît. Je m’explique.

Souvenez-vous du débat qu’il y a eu sur les accomodements raisonnables. Des gens sont allés jusqu’à réclamé, sur la place publique, la fermeture des frontières ! Une putain de fermeture des frontières ! La culture québécoise n’a jamais été en péril, d’aucune façon. Cette réaction était donc carrément inappropriée et digne d’un racisme et d’une xénophobie flagrante. Certaines personnes ont donc brandit le spectre de la pauvre p’tite nation menacée pour que leurs idéaux passent mieux.

Un autre exemple, plus récent. Lors de la manifestation du 22 juin, qui avait été organisée par les Coalitions Guerre à la Guerre !: Valcartier 2007 et Québec pour la paix, qui visait à dénoncer la participation militaire du Canada en Afghanistan, j’ai fait partie du contingent orange qui a marché aux côtés d’un défilé militaire, formé des soldats et soldates qui se rendront bientôt en Afghanistan. J’ai été estomaquée et choquée de voir le nombre de personnes qui nous chahutaient, en brandissant leurs drapeaux unifoliés. Ces personnes étaient tellement fières de voir défiler devant eux, 2000 soldat(e)s qui vont servir de chair à canon, afin de servir les visées impérialistes canado-américaines. C’était dégueulasse ! Avant cette manifestation, je ne comprenais pas totalement la critique qui est formulée par les libertaires, selon quoi le nationalisme est un outil qui est utilisé par les gouvernements, afin de servir le militarisme. Maintenant je comprends ! Ça ne pouvait pas être plus clair, d’ailleurs. 

L’anarchie de A à Z - « N » comme Nationalisme

La fierté nationale, quel sentiment étrange! Comme il est facile d’oublier que la « nation québécoise » s’est construite grâce au pillage des terres et à l’extermination quasi complète d’autres peuples et cultures. À qui appartient la « nation »? Aux travailleurs et aux travailleuses qui l’ont construite ou aux élites qui en ont profité? Qui décide de « l’avenir de la nation », des « valeurs de la nation »? Que penser du paradoxe de l’exaltation de la fierté nationale d’une part et du fatalisme qui entoure toute discussion sur la mondialisation et « l’ouverture » de l’économie…

S’il semble aujourd’hui « normal », le nationalisme n’a pas toujours existé. Il a été inventé de toute pièce à une époque où la bourgeoisie construisait des États pour encadrer les marchés qu’elle entendait dominer. Le nationalisme fut le ciment permettant et justifiant la création de l’État-nation. Ce processus de création d’une nouvelle « communauté politique », soudée par le nationalisme, n’a pas été simple et sans contradictions. Plusieurs nations peuvent en effet se côtoyer sous un même État, pensons notamment aux pays d’Europe ou au Canada…

L’utilité du nationalisme du point de vue des élites est évidente. Détourner les masses en général, et la classe ouvrière en particulier, des conflits sociaux qui surgissent périodiquement à l’intérieur même de la « nation », notamment en ce qui concerne la répartition de la « richesse nationale », pour les mobiliser dans une compétition internationale avec les autres « nations » ou contre les « étrangers ». On sait que l’exacerbation de cette compétition internationale mène à des guerres fraticides et autres « interventions militaires ». La bénigne « fierté nationale » se mue alors en patriotisme revanchard et réactionnaire qui fait de « l’autre » un ennemi.

Pour faire face au nationalisme, le mouvement ouvrier a historiquement proposé l’internationalisme. L’idée toute simple que les travailleurs et les travailleuses des différents pays avaient plus d’intérêts en commun qu’ils et elles n’en avaient avec leur bourgeoisie respective. Ça ne signifie pas renier nos identités particulières, simplement de reconnaître deux choses : d’une part que la diversité culturelle est une richesse de l’humanité ; et, d’autre part, qu’au delà de ces identités particulières nous participons tous et toutes d’une même humanité. Au nom de cette commune humanité, nous ne saurions tolérer d’exploitation et d’oppression d’aucune sorte.

S’opposer ainsi au nationalisme, lorsque l’on vit dans les pays impérialistes, est relativement simple. Le problème est que le nationalisme des uns est aussi l’impérialisme des autres et qu’il existe dans le monde de nombreuses situations d’oppression nationale. Dans ces cas, le nationalisme n’a pas inévitablement un contenu entièrement négatif et réactionnaire. Certains révolutionnaires pensent pouvoir prendre un raccourci en empruntant la voie nationaliste dans les pays dominés par l’impérialisme. Les anarchistes ne sont pas d’accord. Nous croyons que la défaite de l’impérialisme ne viendra que d’une révolution sociale menée contre les impérialistes et la classe dirigeante locale. Cette révolution sociale devra se répandre au delà des frontières nationales. Nous devons encourager et développer la solidarité internationale qui un jour jettera la base pour une révolution sociale globale.

==
Extrait de Cause commune no 15