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L’anarchie de A à Z - « N » comme Nationalisme

La fierté nationale, quel sentiment étrange! Comme il est facile d’oublier que la « nation québécoise » s’est construite grâce au pillage des terres et à l’extermination quasi complète d’autres peuples et cultures. À qui appartient la « nation »? Aux travailleurs et aux travailleuses qui l’ont construite ou aux élites qui en ont profité? Qui décide de « l’avenir de la nation », des « valeurs de la nation »? Que penser du paradoxe de l’exaltation de la fierté nationale d’une part et du fatalisme qui entoure toute discussion sur la mondialisation et « l’ouverture » de l’économie…

S’il semble aujourd’hui « normal », le nationalisme n’a pas toujours existé. Il a été inventé de toute pièce à une époque où la bourgeoisie construisait des États pour encadrer les marchés qu’elle entendait dominer. Le nationalisme fut le ciment permettant et justifiant la création de l’État-nation. Ce processus de création d’une nouvelle « communauté politique », soudée par le nationalisme, n’a pas été simple et sans contradictions. Plusieurs nations peuvent en effet se côtoyer sous un même État, pensons notamment aux pays d’Europe ou au Canada…

L’utilité du nationalisme du point de vue des élites est évidente. Détourner les masses en général, et la classe ouvrière en particulier, des conflits sociaux qui surgissent périodiquement à l’intérieur même de la « nation », notamment en ce qui concerne la répartition de la « richesse nationale », pour les mobiliser dans une compétition internationale avec les autres « nations » ou contre les « étrangers ». On sait que l’exacerbation de cette compétition internationale mène à des guerres fraticides et autres « interventions militaires ». La bénigne « fierté nationale » se mue alors en patriotisme revanchard et réactionnaire qui fait de « l’autre » un ennemi.

Pour faire face au nationalisme, le mouvement ouvrier a historiquement proposé l’internationalisme. L’idée toute simple que les travailleurs et les travailleuses des différents pays avaient plus d’intérêts en commun qu’ils et elles n’en avaient avec leur bourgeoisie respective. Ça ne signifie pas renier nos identités particulières, simplement de reconnaître deux choses : d’une part que la diversité culturelle est une richesse de l’humanité ; et, d’autre part, qu’au delà de ces identités particulières nous participons tous et toutes d’une même humanité. Au nom de cette commune humanité, nous ne saurions tolérer d’exploitation et d’oppression d’aucune sorte.

S’opposer ainsi au nationalisme, lorsque l’on vit dans les pays impérialistes, est relativement simple. Le problème est que le nationalisme des uns est aussi l’impérialisme des autres et qu’il existe dans le monde de nombreuses situations d’oppression nationale. Dans ces cas, le nationalisme n’a pas inévitablement un contenu entièrement négatif et réactionnaire. Certains révolutionnaires pensent pouvoir prendre un raccourci en empruntant la voie nationaliste dans les pays dominés par l’impérialisme. Les anarchistes ne sont pas d’accord. Nous croyons que la défaite de l’impérialisme ne viendra que d’une révolution sociale menée contre les impérialistes et la classe dirigeante locale. Cette révolution sociale devra se répandre au delà des frontières nationales. Nous devons encourager et développer la solidarité internationale qui un jour jettera la base pour une révolution sociale globale.

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Extrait de Cause commune no 15

L’anarchie de A à Z: L comme liberté

Sur le plan philosophique, l’anarchisme se définit clairement et sans ambiguïté par rapport à tous les autres systèmes philosophiques: il s’oppose au principe d’autorité et lui oppose le principe de liberté.

Les principes libertaires s’appuient sur une très longue expérience vécue: celle de l’histoire humaine. L’histoire est là, en effet, pour démontrer que, partout et toujours, dans tous les temps et tous les lieux, l’autorité et la liberté se sont constamment opposées. Cette opposition permanente, on la retrouve dans toutes les branches de l’activité humaine, en politique aussi bien qu’en religion, en art aussi bien qu’en science: contre l’autorité qui prétend imposer le silence et l’immobilité, la liberté se dresse pour contester et revendiquer la parole et le mouvement. L’histoire démontre ainsi que l’autorité a toujours été l’idéal, le moteur et l’arme des gouvernements, des dominateurs, des maîtres; la liberté, l’idéal, le moteur et l’arme des gouverné-e-s, des opprimé-e-s, des esclaves.

Autorité et liberté sont, non des fictions philosophiques, mais bien des réalités vivantes de la vie des humains. Elles s’opposent en termes irréconciliables, mais ne peuvent se nier, ni s’ignorer: toute la vie des sociétés repose sur leur équilibre instable. Entre ces deux adversaires, il n’y a jamais de coexistence pacifique, mais seulement des périodes plus ou moins longues de paix armée, des trêves que viennent rompre, soit un sursaut de l’autorité (réaction), soit une offensive de la liberté (révolution). Mais cette lutte incessante que se livrent l’autorité et la liberté n’est, en définitive, que l’expression philosophique d’une réalité sociale bien définie: le combat qui dresse en permanence ceux qui subsistent contre ceux qui asservissent. Autorité et liberté deviennent ainsi les deux termes symétriques et opposés d’une unique proposition: la lutte de classe.

Peut-on supprimer toute autorité? Peut-on concevoir une liberté illimitée? L’autorité est néfaste, mais peut-on concevoir un monde sans autorité? La liberté est le but suprême des aspirations humaines, mais ne risque-t-elle pas, sans limites et sans frein, de basculer dans le chaos? En d’autres termes, l’anarchie n’est-elle pas une utopie et le combat que nous menons un mirage? Ce sont des questions embarrassantes, mais auxquelles il faut répondre.

Précisons tout de suite un point important: l’autorité dont il est question ici est celle qui s’impose à autrui par la contrainte, la violence ou la peur — et non celle qui s’impose naturellement par son rayonnement moral. Il s’agit donc de cette autorité qui, dans la société, s’exprime par la puissance et se manifeste par la domination. Quant à la liberté, il s’agit, évidemment, du droit que doit (ou devrait) avoir tout humain d’agir sans contrainte.

Le problème social que pose la dualité de l’autorité et de la liberté a été abordé par à de multiples reprises par les anarchistes. La révolte qu’inspire l’autorité illégitime n’est nullement une revendication de la liberté totale. Disons-le donc nettement, la liberté anarchiste ne saurait être celle de piétiner les fleurs d’un parc public ou, à l’extrême, de tuer son voisin si ça nous chante. À la liberté DE l’individu s’opposent la liberté, le bien et la sécurité DES individus. Ceux-ci ont donc parfaitement le droit de prendre des mesures, lorsque c’est nécessaire, afin d’empêcher de nuire ceux qui veulent nuire.

Mais alors quelle différence avec la société autoritaire? Ces différences seront au nombre de deux et capitales: le “service d’ordre” sera orienté vers la prévention et non vers la répression, comme c’est le cas actuellement; et les membres de ce service d’ordre seront nommé-e-s, non par le pouvoir, mais par les collectivités intéressées, responsables devant elles et révocables par elles.

Soyons réalistes. La société idéale est un mythe, puisqu’elle suppose la perfection. La société à construire, la société anarchiste sera un régime qui, au-delà de la démocratie et plus qu’elle, sera orienté vers la liberté. À travers des structures changeantes, parce qu’adaptables aux formes changeantes de l’évolution, elle tendra vers l’autogestion généralisée, le gouvernement de chacun par chacun, vers une perfection qui ne sera jamais atteinte intégralement. Dans la société la plus autoritaire, il existe toujours des parcelles de liberté. Dans la société libertaire, il demeurera des parcelles d’autorité, dont l’important diminuera au fur et à mesure que les humains apprendront mieux l’usage de la liberté.

Entre ces deux pôles opposés, il faut faire un choix clair et décisif: ou l’autorité avec son cortège de “grandeur” et d’esclavage; ou la liberté avec ses difficiles pratiques. Les anarchistes ont choisi la liberté.

Adapté librement du texte « Choisir la liberté » de Maurice Fayolle.

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Extrait du numéro 12 de Cause commune, journal de la NEFAC au Québec

Nous les anarchistes

Il existe un fossé immense entre ce qu’est réellement l’anarchisme et les mensonges qui y sont associés par les médias de masse, les gouvernements et les patrons. On accuse les anarchistes d’être des êtres violents , des assoifé-e-s de sang, voire même des meutriers, des poseurs de bombes et des terroristes. Il est vrai, qu’à une certaine période, certains anarchistes croyaient pouvoir changer la société par des actes individuels de terreur. Cette époque est révolue, ancienne même. Elle date du tournant du 20ième siècle, il a de cela plus de 100 ans. Il serait temps que les journalistes apprennent le scoop… L’anarchisme est un ensemble théorique et pratique servant à l’émancipation sociale de la classe ouvrière PAR la classe ouvrière(1).

On nous traîte de jeunes voyous issus tout récemment des milieux contre-culturels, quand en fait nous faisons partie d’un mouvement ayant des racines historiques, se puisant dans les idées à la fois socialistes et libertaires. Nous étions de la partie durant la Révolution Mexicaine (1910), la Révolution Russe (1917), la Guerre civile espagnole (1936), Mai 1968 (en France et ailleurs). Dans les dernières années au Québec, nous avons été sur les premières lignes de la dernière grande grève étudiante (1996), qui a regroupé des milliers de personnes voulant s’instruire gratuitement et autrement. Contre la mondialisation capitaliste, nous avons été la principale force radicale, en mesure d’inspirer tout un ensemble des gens pour qui “un autre monde est possible”.

Logement, travail, environnement, immigration, anti-racisme, égalité hommes-femmes…la liste de nos fronts de luttes semblent toujours s’allonger au fur et à mesure que les maux de la société s’aggravent. Parfois les combats sont victorieux, mais ils restent isolés, des fois mêmes inconnus. Voilà quelque chose qui fait le bonheur de la classe dirigeante, il ne faudrait surtout pas qu’il se propage l’idée que les anarchistes sont en mesure de changer les choses pour le mieux.

Nous, les anarchistes, prônons l’égalité, la liberté, la justice, la dignité humaine. On ne pense pas que tout cela tombera du ciel. Il faudra une révolution sociale. Utopistes? Certes. Mais aussi réalistes. Nous savons que nous ne ferons pas cette révolution seul-e-s. Heureusement, notre histoire et notre exprérience de lutte récente nous montre que l’ensemble des exploité-e-s et des opprimé-e-s ont intérêt à pousser dans ce sens.

Les civilisations sont mortelles. Le capitalisme aussi. Nous ne sommes donc pas condamné-es à rester enchaîné-es à ses dogmes et ses diktats. Il y a une vie après le néolibéralisme, elle mérite d’être vécue.

(1) Ici le terme classe ouvrière est employé dans son sens le plus large, dans son sens le plus significatif, c’est à dire regroupant les travailleurs-euses, les sans-emploi, les jeunes, les étudiant-e-s, etc

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Extrait de Cause Commune no 4, le journal de la NEFAC.

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