Archive for juin, 2007

L’anarchie de A à Z: C comme communisme libertaire

Dans ses buts et principes, la NEFAC se définit comme une fédération regroupant des militantEs qui s’identifient à la tradition communiste dans l’anarchisme. Plusieurs froncent alors les sourcils : « Vous êtes à la fois anarchistes et communistes? Tout le monde sait très bien que les anars sont des individualistes forcenés, tandis que les communistes sont des staliniens en puissance. Être anarchiste et communiste, c’est totalement contradictoire ». C’est bien mal connaître l’histoire du mouvement anarchiste, au sein duquel existe un courant communiste depuis près de 130 ans. Comme l’expliquait Carlo Cafiero dès la fin du 19e siècle, « nous devons être communistes, parce que nous sommes des anarchistes, parce que l’anarchie et le communisme sont les deux termes nécessaires de la révolution ». Voici pourquoi.

Les préjugés font la vie dure au communisme. Lorsqu’on entend ce mot, on l’associe spontanément à des régimes dictatoriaux où la liberté individuelle est réduite à néant par un parti unique tout puissant. Les anarchistes en savent quelque chose, eux qui ont tant soufferts dans les prisons et les goulags des États soit-disant « communistes » (tout particulièrement en URSS). Mais contrairement à leurs tortionnaires, ces mêmes anarchistes sont bien souvent de véritables communistes, c’est à dire des partisans de la mise en commun des moyens de production et d’échange. En effet, les anarchistes considèrent que l’égalité n’est qu’une illusion si certains sont en mesure d’acheter le labeur d’autrui et de faire des profits sur le dos des autres. Cette inégalité par rapport à la propriété a conduit à la hiérarchisation de la société en classes. Le communisme, en expropriant la richesse des mains d’une minorité possédante pour la redistribuer à la société toute entière, permet de mettre un terme à l’inégalité économique qui sert de fondement au capitalisme.

Beau programme direz-vous. Mais ce n’est pas assez. Les anarchistes, bien que communistes, sont aussi anti-autoritaires. Pour que l’égalité économique chèrement conquise soit autre chose qu’une simple chimère, nous devons être en mesure de décider démocratiquement des finalités de cette production. C’est pour cela que les anarchistes sont également de farouches partisans de la liberté politique. En d’autres termes, nous sommes non seulement communistes, mais aussi libertaires. Les communistes libertaires souhaitent abolir non seulement la propriété privée (et son corollaire, le salariat), mais aussi l’État qui, quoi qu’on en dise, a toujours permis à une minorité de privilégiés d’asseoir leur domination politique sur la majorité.

Le communisme libertaire, loin d’être une simple utopie, s’inscrit dans l’histoire de la lutte des classes comme l’une des formes d’organisation sociale et économique les plus démocratiques qui soient. Depuis plus de cent ans, des révolutionnaires ont mis cette perspective en pratique, notamment lors des insurrections en Ukraine (1921) et Espagne (1936). Dans les deux cas, les anarchistes ont procédé à la socialisation des moyens de production et à la mise en commun des terres. La propriété privée abolie, il n’y a plus de raison que subsiste l’esclavage salarié. Le travail redevenant libre et la production redirigée exclusivement vers la satisfaction des besoins humains, la réorganisation de la vie économique permet d’appliquer le principe communiste : « de chacun selon ses moyens à chacun selon ses besoins ».

Aujourd’hui encore, le communisme libertaire est à l’ordre du jour. Lorsque nous nous organisons sur des bases radicalement démocratiques, lorsque nous lançons des projets autogérés, lorsque nous remettons en cause le sacro-saint droit de propriété des boss et des proprios, lorsque nous combattons le contrôle de l’État sur nos vies, nous semons les graines du communisme et de la liberté.

Source: http://www.nefac.net/en/node/1210

À 17 ans, fin prêt pour Kandahar

Jacques Keable, Montréal

Édition du mercredi 27 juin 2007

Mots clés : Stephen Harper, guerre, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

N’y a-t-il pas quelque chose d’odieux à entendre nos politiciens accuser les pacifistes de manquer de respect aux soldats?

Sur l’écran de la télé de RDI surgit le visage d’un adolescent de 17 ans. Il porte le casque militaire, la mitraillette, bref, le costume du fantassin. Dans quelques semaines, entraîné par l’armée canadienne depuis quelques années déjà, il quittera sa Mauricie pour Kandahar.
Il viendra alors tout juste d’avoir ses 18 ans, cet âge merveilleux où, au Canada de Stephen Harper, Stéphane Dion et Gilles Duceppe, on peut aller faire la guerre à l’autre bout du monde, dans un pays misérable, chasser et tuer le taliban ou ce qui lui ressemble ou se faire tuer avant même de commencer à vivre. Cela, au nom de la défense de la démocratie!

Il a hâte de partir, l’ado, parce que la guerre, estime-t-il, c’est une activité «extrême». Ça va le changer des mollesses familiales, précise-t-il, et de sa soeur, sans doute une mauviette, qui voudrait bien qu’il ne parte pas: elle ne se rend pas compte, elle, qu’à 17 ans, on est un vrai homme, quand même! Et que la démocratie, on le sait si bien à cet âge de grande sagesse, ça se défend, ça se promeut par les armes!

À quoi s’attend-il au juste, en Afghanistan?

«Je l’sais pas trop, j’suis jamais allé à la guerre… !», répond-il, le visage encore poupin traversé d’un sourire gêné. Ses «frères d’armes», comme ils disent, affirment à la caméra que cet enfant a du caractère. Ils ont, du haut de leurs 22 ou 23 ans, l’air d’être fiers du jeune, et ils vont éventuellement le protéger, leur benjamin!

La larme qu’on pourrait avoir envie de verser devant ce spectacle ahurissant, sinon obscène, se transforme rapidement en rage vive quand apparaissent peu après, sur les écrans, ces sépulcres blanchis de politiciens qui viennent bêler leur discours propagandiste et mensonger sur la justesse de cette guerre et le respect dû aux soldats. Ces jeunes, affirment-ils, vont volontairement risquer leur vie, risquer de verser leur sang, en notre nom, pour le mieux-être de ces pauvres Afghans et, surtout, de ces pauvres Afghanes qui, on l’aura remarqué, ont la burqa très opportune aux mains de la bande de Stephen Harper et de ses vassaux, y compris ceux qui pérorent à l’Assemblée nationale du Québec en dénigrant les opposants à la guerre et à l’armée.

Car enfin, n’y a-t-il pas quelque chose de proprement odieux à entendre nos politiciens, seigneurs de guerre, ceux-là mêmes qui envoient nos jeunes soldats mourir dans la violence et la souffrance à mille lieues de chez eux, accuser, le trémolo dans la voix, les pacifistes antiguerre de manquer de respect aux soldats? On croirait rêver devant tant d’évidente mauvaise foi!

Faut-il comprendre que le Canada en est vraiment rendu à accepter de sacrifier ses propres ados sur le champ de bataille, sous prétexte que s’ils le veulent, s’ils sont prêts à risquer leur vie pour défendre la démocratie, la liberté d’expression et les droits fondamentaux de la personne — toutes choses qui, comme le laissent entendre les politiciens, sont des évidences lumineuses dans l’esprit des ados en mal de voyage –, il faut les y expédier?

Qui donc, dans ce pays, manque de respect aux soldats: les antiguerre ou ces tristes politiciens qui acceptent d’armer des cégépiens en mal de sport extrême et de les dresser contre des populations démunies? C’est à vomir!
Source: http://www.ledevoir.com/2007/06/27/148593.html 

L’armée canadienne en Afghanistan: mission guerrière ou humanitaire?

Francis Dupuis-Déri, Professeur de science politique à l’UQAM. Auteur de l’article «L’éthique du vampire: réflexions sur la guerre en Afghanistan et quelques horreurs similaires… », publié dans la revue Argument

Édition du mercredi 27 juin 2007

Mots clés : guerre, aide humanitaire, Forces armées, Afghanistan (Pays), Canada (Pays)

Les mots, en politique, sont des armes de combat: ils servent à fouetter le moral des partisans ou à miner la crédibilité des adversaires et à tuer la pensée critique. Le socialiste non orthodoxe George Orwell est bien connu pour avoir dévoilé la mécanique de la propagande politicienne dans ses romans et ses essais. «La guerre, c’est la paix!» est un slogan qu’il a proposé dans son célèbre roman 1984 pour évoquer le travail de manipulation des mots dans le régime totalitaire dirigé par Big Brother.
Dans le langage de Big Brother, un chat est un chien. Orwell s’inspirait bien sûr des véritables discours de justification des guerres de son époque, soit la première moitié du XXe siècle. Chaque camp prétendait tuer des gens et bombarder des villes au nom de la paix et de la justice. Qui, en effet, déclarerait publiquement mener une guerre sale, injuste et sanguinaire? Les choses, finalement, ont bien peu changé.

Étrange face-à-face
dans les rues de Québec

Le 22 juin 2007, l’armée canadienne organisait — sans doute à la demande du ministère de la «Défense» (bel euphémisme) — des festivités au Centre des congrès de Québec et une parade militaire dans les rues de la ville pour souligner le départ des troupes vers l’Afghanistan. «Vous êtes le bras agissant du pacifisme des Québécois», a déclaré le premier ministre du Québec, Jean Charest, à l’intention des soldats qui partiront bientôt faire la guerre en Afghanistan. Les propagandistes de Big Brother auraient certainement apprécié.

Au même moment, une manifestation antiguerre se déroulait dans les rues de Québec pour dénoncer cette sinistre mise en scène militariste et l’engagement du Canada dans cette guerre injuste. Dans son texte paru dans l’édition du jour, un éditorialiste d’un quotidien montréalais avait dénoncé à l’avance «l’assaut des pacifistes guerriers» contre la parade militaire. Le lendemain, un chroniqueur du Journal de Québec enfonçait le clou en déclarant qu’«il n’y pas plus agressif que des pacifistes». Un chat est un chien. Le fait que les activistes antiguerre, dont les médias craignaient mais espéraient la «violence», n’aient fait que défiler en scandant des slogans n’y a rien changé… Orwell est mort, mais Big Brother nous parle encore, et toujours avec la même belle logique illogique.

Pour la Coalition pour la paix et la coalition Guerre à la guerre, qui coordonnaient la manifestation à Québec, la guerre en Afghanistan est menée pour servir les intérêts des élites, que ce soit les politiciens et les industriels de l’armement en Occident ou des dirigeants afghans sanguinaires, misogynes et corrompus, au détriment des simples soldats qui servent de chair à canon. Cette attitude critique des mouvements antiguerre est peut-être «conformiste, banale, connue et documentée», pour reprendre les durs mots de l’éditorialiste montréalais, voire «naïve et simpliste», selon un participant à une tribune téléphonique radiophonique, mais elle a l’immense avantage d’appeler un chat un chat: «La guerre, c’est la guerre.»

Manifester en terrain miné

L’idée retenue de manifester parallèlement à la parade militaire a été reçue par un tir de barrage. Les critiques affirmaient que les activistes pouvaient bien s’opposer à la guerre mais qu’il importait d’exprimer du respect pour le courage des soldats et de leurs familles. En bref, il était conseillé aux activistes de changer de stratégie et d’organiser une manifestation à un autre moment, qu’importe si cela en aurait réduit la force symbolique et l’attrait pour les médias qui aiment tant les face-à-face spectaculaires. Les activistes se heurtaient donc à la sympathie et au respect ressentis en général à l’égard de «nos» soldats.

Cette sympathie semble d’ailleurs consciemment encouragée par le service des relations publiques de l’armée. Chaque soldat canadien tué en Afghanistan est présenté aux médias comme une personne qui était sympathique et appréciée de ses compagnons d’armes et de ses proches. En bref, l’armée canadienne est une organisation exceptionnelle qui ne compte que de bonnes personnes… qui ont pourtant fait le choix d’être formées pour tuer des gens. Cette parade militaire elle-même participait d’une stratégie de relations publiques de l’armée, qui s’appropriait l’espace public pour se donner une image sympathique et familiale.

Que des soldats soient courageux et que certains soient de bons époux et de bons pères de famille n’a pourtant aucune signification politique particulière en ce qui a trait à la guerre qu’ils mènent. Après tout, les résistants afghans sont eux aussi courageux, et il doit bien y en avoir deux ou trois qui sont sympathiques et même attentionnés à l’égard de leurs proches, non? Bien sûr, d’un point de vue humaniste, toute perte de vie humaine est une tragédie. Mais le courage de la personne qui tue et qui meurt est respectable dans la mesure où elle est orientée vers le bien. Comme le disait un vétéran de l’armée des États-Unis après la guerre du Vietnam au sujet de ses actions de combat: «Je le faisais bien, mais je ne faisais pas le bien.»

Quant aux familles des soldats, elles ont eu leur fête avec les soldats du Royal 22e Régiment au Centre de congrès, que la manifestation n’a essayé ni d’empêcher ni de perturber. Elles ont pu entendre tout le bien que pensaient de leur parent militaire plusieurs personnalités politiques canadiennes et québécoises. Mais un activiste ayant une soeur dans l’armée, par exemple, pouvait aussi choisir de ne pas acclamer la parade dans les rues parce qu’il convenait de perturber symboliquement cette mise en scène militariste dans l’espace public. Le choix des coalitions antiguerre, même s’il rimait avec une attitude un peu plus confrontante que les précédentes manifestations contre la guerre, était tout à fait pertinent, et c’est certainement en raison de ce face-à-face que la manifestation a si bien su attirer l’attention.

La manifestation contre la guerre

On retrouvait au sein de la manifestation des bannières et des banderoles de plusieurs organisations et groupes politiques, de Québec solidaire aux communistes et aux anarchistes en passant par Bloquez l’empire, de Montréal. Toujours dans l’esprit de conscientiser la population, des activistes distribuaient aux passants des tracts et des journaux et scandaient des slogans. Le tract des féministes radicales Les Sorcières, par exemple, s’inspirait de féministes afghanes (voir le site www.rawa.org) pour expliquer que la situation générale des femmes en Afghanistan s’est détériorée depuis le début de la guerre. Cette manifestation survenait le lendemain de la publication des résultats d’un sondage indiquant que 70 % des Québécois s’opposent à la guerre menée par le Canada en Afghanistan.

Dans les rues de Québec, le contingent de la coalition Guerre à la guerre est parvenu à déjouer les policiers et à rejoindre la parade militaire. S’est ensuivie une situation tout à fait surréaliste, les sympathisants de l’armée et ses critiques se retrouvant confondus sur les trottoirs, les fanions canadiens flottant au vent sous l’ombre des drapeaux rouges et noirs. Cette foule bigarrée encadrait 2000 soldats en tenue de combat qui marchaient silencieusement dans la rue d’un pas martial.

Qu’ont alors fait les pacifistes «agressifs» et «guerriers»? À portée de main des soldats, ils se sont contentés de lancer divers slogans: «Désertez! Refusez de servir de chair à canon!», «Ne devenez pas des criminels de guerre!», «Gardons les soldats ici, envoyons les politiciens là-bas!», «Non à la guerre!». Les organisateurs de la manifestation avaient d’ailleurs encouragé les activistes antiguerre à ne pas s’en prendre physiquement aux soldats et à leurs sympathisants. À la toute fin ont fusé des cris: «Assassins! Assassins!» Si ce n’était pas très gentil, il s’agissait tout de même d’un qualificatif en adéquation avec la réalité puisque plusieurs soldats paradant deviendront des assassins dans quelques semaines ou quelques mois en Afghanistan. Il faut savoir appeler un chat un chat.

Les sympathisants des soldats argumentaient sur un tout autre registre, du type: «C’est ces soldats-là qui protègent notre liberté ici!» Comme si les miliciens afghans avaient déjà vraiment menacé la liberté au Canada, comme si les élites occidentales n’avaient pas utilisé la «guerre au terrorisme» comme excuse pour limiter ici même les libertés individuelles. Ces sympathisants faisaient écho aux propos exprimés depuis des semaines lors d’émissions radiophoniques populistes de la région de Québec, qui avaient même appelé leurs auditeurs à défendre physiquement la parade contre les manifestants antiguerre.

Les sympathisants des soldats reprenaient également des insultes peu subtiles entendues sur les mêmes ondes radiophoniques: «Vous ne comprenez rien, rentrez chez vous!», «Hippies!», «B. S.!», «Trouvez-vous un travail!», «Lâches!» Des manifestantes se sont également fait traiter de «salopes». Certains sympathisants encourageaient les quelques policiers présents, d’ailleurs plutôt calmes, à «gazer» les manifestants. Enfin, des sympathisants ont agressé physiquement des activistes en les bousculant plus ou moins rudement ou en leur décochant des coups de poing.

Quelle pacification?

Entre les pacifistes, désignés par des leaders d’opinion comme des «guerriers» des «plus agressifs», et les citoyens venus encourager les soldats, il n’était pas difficile de distinguer le chat du chien… Ces brutes croyaient sans doute, comme l’éditorialiste montréalais, que la «mission» que mènent les soldats «est morale et conforme au rôle historique [de l'armée canadienne], à la fois de combat et de pacification». «Pacification»: voilà bien un mot dont l’utilisation conformiste et banale dans les discours de justification des guerres a été documentée par George Orwell au sujet des conflits de son époque.

Dans son texte «La politique et la langue anglaise», Orwell écrit: «Des villages sans défense subissent des bombardements aériens [... ], cela s’appelle la pacification.» La journée même où certains évoquaient la «pacification», la coalition militaire occidentale reconnaissait avoir tué plus de 20 civils dans le bombardement d’un village en Afghanistan… Il n’était pas très respectueux à l’égard des familles des victimes que l’armée canadienne n’annule ni sa fête familiale ni sa parade. Ces Afghans bombardés n’ont pas été pacifiés mais assassinés. Il faut savoir appeler un chat mort un chat mort.
Source: http://www.ledevoir.com/2007/06/27/148592.html

Vidéo de la manifestation du 22 juin

Un vidéo de la manifestation des coalitions Guerre à la guerre: Valcartier 2007 et Québec pour la paix, qui a eu lieu vendredi soir dernier, est disponible pour visionnement à l’adresse suivante: http://www.youtube.com/watch?v=AdcoErxDAlE.

Lettre à Catherine Déri et aux militaires québécois qui s’en vont occuper l’Afghanistan

Anabelle Berkani, Étudiante au baccalauréat en Science politique à l’UQAM

Chère Catherine, chers soldats de Valcartier, Comme toi, comme vous, j’ai un frère, j’ai une soeur, que j’aime.

Seulement, il est impossible pour moi d’imaginer que l’un ou l’autre puisse un jour partir servir de chair à canon, parce que comme eux — merci papa, merci maman — on m’a appris que rien de bon ne peut jamais sortir de la gueule d’un fusil.

Mon père est Algérien. Né en 1932, il a connu l’occupation française. Forcé de faire son service militaire en France, il a combattu pour son colonisateur en Indochine, jusque-là tout va, puis en Algérie, contre ses frères, imaginez… C’est à ce moment, je crois, qu’il a compris l’horreur de toute entreprise militaire. Il a déserté. Jamais il n’a pu me raconter ces années passer à se battre et à tuer sans pleurer.

Des petits soldats qui font la sale «business», comme il dit de ceux qui soi-disant représentent le peuple. À moi, à ma soeur et à mon frère, au lieu de nous apprendre l’amour d’Allah, d’un pays ou de l’argent, il nous a appris l’amour de la paix.

Depuis toujours, on justifie la guerre. Au nom de la colonisation, de la décolonisation, de territoires, de frontières, de la démocratie, du libéralisme, du communisme, du capitalisme, du néolibéralisme, de la religion, alouette! Depuis toujours les dirigeants de partout ont fait preuve d’une ingéniosité cruelle pour envoyer des humains tuer d’autres humains.

Le peuple afghan en sait quelque chose. Il y a quelque chose de schizophrénique en effet dans l’attitude actuelle des États-Unis. Ils ont convaincu l’ONU et 37 pays «amis» d’aller combattre un ennemi, les talibans, ennemi qu’ils ont pourtant financé et soutenu pendant des années… Oubliez-vous, chers soldats, qu’entre 1979 et 1989, les talibans ont propagé leur idéologie islamiste avec le soutien moral et financier des États-Unis?

Ainsi, pendant ces années, des millions d’Afghans ont étudié dans les écoles coraniques, les fameuses madrasas, «financed in the USA», qui en plus d’enseigner le Coran, fournissaient un entraînement militaire et enseignaient la fabrication de bombe. Ces madrasas, vous les détruisez aujourd’hui à coup de bombes «made in USA».

Vous qui allez combattre ces talibans aujourd’hui, ne trouvez-vous pas ce revirement de situation quelque peu bizarre? Cet état de guerre perpétuel, qui fait que l’on passe presque naturellement d’ennemi en ennemi, et ce, depuis presque toujours, ne vous semble-il pas discutable? Cet engrenage millénaire de la violence, vous le perpétuez en partant pour l’Afghanistan.

Les talibans sont l’ennemi des États-Unis, ils ne sont pas l’ennemi du peuple afghan. Ne vois-tu pas Catherine, et vous soldats, comment le cycle se perpétue? Les États-Unis sont aujourd’hui l’ennemi du peuple afghan. Aux yeux de la majorité des Afghans, vous êtes l’occupant. Là-bas, vous ne serez pas les sauveurs, vous serez l’ennemi. On ne veut pas de vous là-bas et, pour cette raison, il est presque impossible que vous y accomplissiez quoi que ce soit de durable et de solide.

Pour te convaincre, toi Catherine, vous soldats québécois, et convaincre ceux qui financent ta mission, ainsi que moi et tous les Canadiens, on nous dit que vous allez reconstruire. On vous envoie détruire, combattre et peut-être mourir, mais on vous dit que vous aller apporter la démocratie et la paix. On dépense des sommes indécentes pour vous armer et vous protéger, toi et tes compatriotes, tandis que là-bas, on crève de faim.

Tu dis avoir été invitée par les Afghans. Il suffit, comme le suggère ton frère, d’aller faire une visite sur le site Internet de RAWA (www.rawa.org) pour voir de quels Afghans il s’agit. Si tu veux croire que les intentions de ces Afghans qui constituent le nouveau «gouvernement» sont nobles, il va te falloir fermer les yeux et te boucher les oreilles très fort lors de ton séjour là-bas. Il faudra que tu détournes le regard lorsque tu passeras devant les palaces fraîchement construits et occupés par cette «majorité d’individus dont les intentions sont nobles» tandis que juste à côté des enfants par centaines mendient ou «récupèrent» les «objets de valeur» dans les dépotoirs.

Entre 2001 et 2005, les États-Unis ont donné 5 milliards de dollars d’aide au gouvernement afghan. La présence militaire américaine en Afghanistan coûte 1 milliard par mois. Au Canada, le budget militaire annuel est de 12,4 milliards, celui de l’aide internationale au développement de 3,1 milliards. Si l’effort allié de reconstruction et de développement était sincère, ces chiffres seraient inversés. Point à la ligne. Tout autre argument justifiant ces chiffres honteux devrait être considéré comme douteux en partant.

La démocratie ne s’impose pas. Les droits de l’homme, les droits des femmes, doivent naître d’eux-mêmes. La démocratie, c’est quelque chose qui émane naturellement d’une société quand elle est prête. La démocratie c’est aussi peut-être quelque chose de purement occidental. Les peuples moyen-orientaux, si on peut finir par les laisser tranquilles, feront eux aussi un jour leur révolution tranquille, mais ce sera selon leurs termes, en respect de leurs cultures respectives. La femme ira à l’école quand la société toute entière aura décidé qu’elle pourra aller à l’école. Pas parce qu’une patrouille occidentale armée jusqu’aux dents l’y accompagnera tous les matins.

Je [suis allée moi aussi] manifester pour la paix à Québec. Je vous [ai regardés] passer, vous soldats, et je [me suis amusée] à calculer combien vaut l’équipement militaire que vous [avez exhibé] fièrement dans les rue de Québec. J’[ai essayé] de calculer combien d’enfants afghans on peut nourrir pour le prix d’un seul de vos beaux fusils. Et j’[ai eu] la larme à l’oeil en pensant que j’ai payé malgré moi une partie de ce fusil maudit…

Source: http://www.ledevoir.com/2007/06/26/148501.html

Un geste insensé…

Je suis tombée sur cette nouvelle la semaine dernière (http://www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/ottawa/2007/06/21/010-maniwaki-vandalisme-centre.shtml) et elle m’a carrément levé le coeur. Un centre culturel algonquin situé dans une réserve, près de Maniwaki en Outaouais a été vandalisé, le 21 juin dernier. Des croix gammées et des slogans vantant la suprémacie blanche ont été peints sur l’édifice. Le plus odieux là-dedans, c’est que ces actes ont été commis en la Journée nationale des autochtones.

C’est juste crissement lâche comme geste ! Ça donne quoi !? Je ne comprends vraiment, mais vraiment pas.

Vos drapeaux me lèvent le coeur…

Et là je parle autant des drapeaux du Québec et du Canada (car ce sont les drapeaux que je vois le plus souvent). Oui vous avez le droit de fêter vos fêtes nationales et d’exhiber vos drapeaux tels des trophées de chasse, mais je ne me sens pas à l’aise dans toute cette mascarade. Un drapeau est devenu un outil de lavage de cerveau à mes yeux. Un épouvantail qui est brandit, à chaque fois qu’une supposée «menace» apparaît. Je m’explique.

Souvenez-vous du débat qu’il y a eu sur les accomodements raisonnables. Des gens sont allés jusqu’à réclamé, sur la place publique, la fermeture des frontières ! Une putain de fermeture des frontières ! La culture québécoise n’a jamais été en péril, d’aucune façon. Cette réaction était donc carrément inappropriée et digne d’un racisme et d’une xénophobie flagrante. Certaines personnes ont donc brandit le spectre de la pauvre p’tite nation menacée pour que leurs idéaux passent mieux.

Un autre exemple, plus récent. Lors de la manifestation du 22 juin, qui avait été organisée par les Coalitions Guerre à la Guerre !: Valcartier 2007 et Québec pour la paix, qui visait à dénoncer la participation militaire du Canada en Afghanistan, j’ai fait partie du contingent orange qui a marché aux côtés d’un défilé militaire, formé des soldats et soldates qui se rendront bientôt en Afghanistan. J’ai été estomaquée et choquée de voir le nombre de personnes qui nous chahutaient, en brandissant leurs drapeaux unifoliés. Ces personnes étaient tellement fières de voir défiler devant eux, 2000 soldat(e)s qui vont servir de chair à canon, afin de servir les visées impérialistes canado-américaines. C’était dégueulasse ! Avant cette manifestation, je ne comprenais pas totalement la critique qui est formulée par les libertaires, selon quoi le nationalisme est un outil qui est utilisé par les gouvernements, afin de servir le militarisme. Maintenant je comprends ! Ça ne pouvait pas être plus clair, d’ailleurs. 

Le nouveau Cause Commune disponible en ligne

Un petit message pour vous informer que le nouveau numéro de Cause commune, le journal de la NEFAC est disponible en format PDF à l’adresse suivante: http://nefac.net/files/CC15.pdf

L’anarchie de A à Z - « N » comme Nationalisme

La fierté nationale, quel sentiment étrange! Comme il est facile d’oublier que la « nation québécoise » s’est construite grâce au pillage des terres et à l’extermination quasi complète d’autres peuples et cultures. À qui appartient la « nation »? Aux travailleurs et aux travailleuses qui l’ont construite ou aux élites qui en ont profité? Qui décide de « l’avenir de la nation », des « valeurs de la nation »? Que penser du paradoxe de l’exaltation de la fierté nationale d’une part et du fatalisme qui entoure toute discussion sur la mondialisation et « l’ouverture » de l’économie…

S’il semble aujourd’hui « normal », le nationalisme n’a pas toujours existé. Il a été inventé de toute pièce à une époque où la bourgeoisie construisait des États pour encadrer les marchés qu’elle entendait dominer. Le nationalisme fut le ciment permettant et justifiant la création de l’État-nation. Ce processus de création d’une nouvelle « communauté politique », soudée par le nationalisme, n’a pas été simple et sans contradictions. Plusieurs nations peuvent en effet se côtoyer sous un même État, pensons notamment aux pays d’Europe ou au Canada…

L’utilité du nationalisme du point de vue des élites est évidente. Détourner les masses en général, et la classe ouvrière en particulier, des conflits sociaux qui surgissent périodiquement à l’intérieur même de la « nation », notamment en ce qui concerne la répartition de la « richesse nationale », pour les mobiliser dans une compétition internationale avec les autres « nations » ou contre les « étrangers ». On sait que l’exacerbation de cette compétition internationale mène à des guerres fraticides et autres « interventions militaires ». La bénigne « fierté nationale » se mue alors en patriotisme revanchard et réactionnaire qui fait de « l’autre » un ennemi.

Pour faire face au nationalisme, le mouvement ouvrier a historiquement proposé l’internationalisme. L’idée toute simple que les travailleurs et les travailleuses des différents pays avaient plus d’intérêts en commun qu’ils et elles n’en avaient avec leur bourgeoisie respective. Ça ne signifie pas renier nos identités particulières, simplement de reconnaître deux choses : d’une part que la diversité culturelle est une richesse de l’humanité ; et, d’autre part, qu’au delà de ces identités particulières nous participons tous et toutes d’une même humanité. Au nom de cette commune humanité, nous ne saurions tolérer d’exploitation et d’oppression d’aucune sorte.

S’opposer ainsi au nationalisme, lorsque l’on vit dans les pays impérialistes, est relativement simple. Le problème est que le nationalisme des uns est aussi l’impérialisme des autres et qu’il existe dans le monde de nombreuses situations d’oppression nationale. Dans ces cas, le nationalisme n’a pas inévitablement un contenu entièrement négatif et réactionnaire. Certains révolutionnaires pensent pouvoir prendre un raccourci en empruntant la voie nationaliste dans les pays dominés par l’impérialisme. Les anarchistes ne sont pas d’accord. Nous croyons que la défaite de l’impérialisme ne viendra que d’une révolution sociale menée contre les impérialistes et la classe dirigeante locale. Cette révolution sociale devra se répandre au delà des frontières nationales. Nous devons encourager et développer la solidarité internationale qui un jour jettera la base pour une révolution sociale globale.

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Extrait de Cause commune no 15

Communiqué de la Coalition Guerre à la guerre: Valcartier 2007

COMMUNIQUÉ
Pour diffusion immédiate
 
Mission accomplie : défilé défié!

Québec, 22 juin 2007- La Coalition Guerre à la guerre:
Valcartier 2007 est fière d’annoncer qu’elle a atteint son
objectif de défier le défilé du Royal 22ème régiment dont les
troupes partiront prochainement pour l’Afghanistan. La
mobilisation conjointe de Québec pour la paix et Guerre à la
guerre a rallié près de 700 manifestantEs de partout au Québec.

La coalition invite maintenant la population canadienne à se
mobiliser d’un océan à l’autre afin d’exiger le retrait des
troupes canadiennes d’Afghanistan.

-30-

Source : Coalition Guerre à la guerre: Valcartier 2007
(418) 930-2207
(418) 208-7059

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